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vendredi 17 septembre 2010

Dictionnaire du futur proche

L'écrivain canadien Douglas Coupland, qui avait en 1991 popularisé l'expression aujourd'hui désuète de "Generation X" nous a offert récemment dans le New York Times un dico joliment absurde sur nos pratiques culturelles et bizzareries psychiques.

(Je n'ai touché qu'à quelques titres - Titrophobia sans doute - car la plupart m'ont parus assez parlants comme ça et puis l'anglais comme l'allemand à ce que truc agaçant pour synthétiser tout, mais ce n'est peut-être qu'un anti native language speaking blindness de ma part. Quelques commentaires tout de même s'imposaient.)

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"Le truc avec le futur c'est qu'on ne le ressent jamais comme on pense qu'il serait. De nouvelles sensations nécessitent de nouveaux termes. Ces termes sont présentés ci-dessous pour résumer le moment présent".


Anticoupdeveine: situation dans l'univers dans laquelle existent des règles d'action rigides destinées à empêcher les coïncidences d'arriver. Etant donné le nombre infini de coïncidences qui pourraient arriver, très peu d'entre elles surviennent en fait. L'univers existe dans un état de haine de la coïncidence anti-coupdeveine.

Bell's law of telephony: quelque soit la technologie utilisée, votre facture mensuelle de téléphone reste surnaturellement de la même taille (NdT: en référence à Gordon Bell, précurseur du micro-ordinateur).

Bouillon lyrique: les paroles que l'on crée dans sa tête en l'absence de connaissance des paroles d'une chanson réelle.

Christmas-morning feeling: sensation créée par un stimulus de l'amygdale antérieure suscitant en nous une forte sensation d'attente.

Cloud blindness: incapacité de certaines personnes à voir des visages et des formes dans les nuages.

Cols-vides : originellement des employés de la classe-moyenne qui ne seront plus jamais de la classe moyenne et qui n'en finiront jamais avec ça.

Complex separation: théorie selon laquelle, en musique, une chanson nous laisse seulement une chance d'obtenir une première impression. Après cela, le cerveau commence à la décomposer, subdivisant l'expérience musicale en ses divers éléments - vocal, mélodique, etc.

Cover buzz: sensation ressentie en écoutant une reprise d'une chanson que l'on connaît déjà.

Crystallographic money theory: hypothèse selon laquelle l'argent est une condensation ou une cristallisation du temps et de notre propre volonté, les deux caractéristiques qui séparent les êtres humains des autres espèces.

Dénarration: processus par lequel notre propre vie n'est plus ressentie comme étant une histoire.

Déségotisation: diluer volontier notre amour propre et notre ego en accumulant le plus possible d'informations sur Internet (voir aussi Omniscience Fatigue; Re-égotisation).

Deusmania: version extrême du "Christmas Morning Feeling".

Dimanchophobia: peur des dimanche, une condition qui reflète la peur d'un temps non structuré. Connue aussi sous la forme d'anxiété acalandriérique. A ne pas confondre avec la didominicaphobia ou lakyriakephobia, qui sont des Jourduseigneurphobia.

Dysphorie des aéroports : décrit dans quelle mesure le voyage moderne dépouille le voyageur d'un amour propre suffisant pour susciter un besoin d'acheter des autocollants et des bibelots censés chouchouter son moi légèrement érodé (NdT: et plein de conneries détaxées).

Fictive rest : incapacité de beaucoup de gens à s'endormir jusqu'à ce qu'ils aient lu la plus infime partie de fiction.

Flouté zoosomnial : idée que les animaux ne voient probablement pas la différence entre le rêve et l'éveil (NdT: par exemple, devant un plateau de fruits de mer, ou n'importe quoi d'encore vivant).

Frankentime: la manière d'éprouver le temps quand vous réalisez que vous passez la plus grande partie de votre existence avec et dans l'entourage d'un ordinateur et d'Internet.

Gaziniax: un médicament micro-dosé du futur destiné à stopper radicalement des cas spécifiques O.C.D., à savoir dans le cas présent, une compulsion impliquant une incapacité à se convaincre soi-même après son départ que la gazinière est bien fermée (NdT: Mégonax étant prescrit quant à lui contre les hallucinations de mégots allumés dans le sac poubelle de la cuisine.)

Grim truth : vous êtes plus fortiche que la télé. Et alors ?

Humanalia: choses faites par les êtres humains qui existent seulement sur terre et nulle part ailleurs dans l'univers. Cela comprend notamment le Teflon, le NutraSweet, le Lexomil et des morceaux de taille suffisante de l'élément de numéro atomique 43, le technetium.

Ikeasis: dans le quotidien, le désir de s'accrocher à des objets conçus "génériquement". Ce besoin pour des formes limpides et rassurantes est une manière de simplifier sa vie contre l'assaut des informations environnantes.

Instant réincarnation: le fait que la plupart des adultes, quelque soit leur degré de réussite, désirent un changement radical dans leur vie. Cette appétit de réincarnation bien qu'encore vivace, est pratiquement universel.

Internal voice blindness: inaptitude quasi universelle des gens à articuler le ton et la personalité de ce qui forme leur monologue intérieur.

Interruption-driven memory: on ne se souvient que de la circulation des lumières rouges, jamais des vertes. Les vertes nous maintiennent dans le flux, les rouges nous interrompent et nous saoulent.

Intraffinital melancholy vs. extraffinital melancholy: qu'est-ce qu'être le plus seul: être célibataire et seul ou être seul dans une relation finie ?

Intravincular familial silence: nous avons besoin de fréquenter nos familles, non pas que nous ayons tellement d'expériences en commun mais parce qu'elles savent précisément quels sujets éviter.

Karaokeal amnesia: la plupart des gens ne connaissent pas la totalité des paroles d'à peu près toutes les chansons, particulièrement celles qui leur tiennent le plus à coeur (voir aussi Bouillon lyrique).

Limited pool romantic theory: croyance qu'il y a un nombre fini de fois où on peut tomber amoureux, le plus généralement six.

Malfactory aversion: capacité à s'imaginer ce que dans la vie vous faites mal, et donc de vous arrêter de le faire.

Me goggles: inaptitude à se percevoir correctement comme le font les autres (NdT: question: l'insensibilité au ridicule est-elle culturelle ?).

Memesphere: royaume des idées culturellement tangibles.

Omniscience fatigue: surmenage qui survient quand on est capable de connaître la réponse d'à peu près tout online.

Post-human: quoique ce soit que nous deviendrons ensuite.

Proceleration: accélération de l'accélération.

Pseudoalienation: inaptitude des êtres humains à créer d'authentiques situations aliénantes. Tout ce qui est fait par l'homme est de facto l'expression de son humanité. La technologie ne peut être aliénante parce que les hommes la créent. Les technologies véritablement extra-terrestres ne peuvent être créées que par des extra-terrestres. Techniquement, une situation qu'on pourrait décrire comme aliénante est en fait, "humanisante".

Rosenwald's theorem: croyance selon laquelle tous les gens mauvais ont de l'amour propre (NdT: private joke américaine: en référence au dernier ouvrage de la très arty Laurie Rosenwald: "All the wrong people have self-esteem:an inappropriate book for young ladies".)

Situational disinhibition: situations sociales en vertu desquelles on est autorisé à être désinhibé, à savoir des moments de désinhibition culturellement acceptés: en parlant avec des voyants, des chiens ou tout autre animal de compagnie, des étrangers et des patrons de bar, ou avec des jeux de Tarot (NdT: son ordinateur, sa voiture marchent aussi).

Standard deviation: se sentir unique ne prouve pas qu'on l'est, et pourtant c'est par le sentiment d'être unique qu'on s'est convaincu d'avoir une âme (NdT: message d'un lecteur du NYTimes: être un surdoué en math est la façon la plus sûre aux Etats-Unis de se sentir unique).

Star shock: la façon disproportiopnnée avec laquelle rencontrer des célébrités donne l'impression d'être dans un extrait de "Ma vie change" (NdT: vu les cyphoses de la télé, et en référence à W. Allen cité en exergue de ce blog - Secret Story et consorts -, un extrait de "Ma vie de merde" serait peut-être plus approprié).

Re-egotisation: tentative, en général désespérée et vaine, de renverser le processus de déségotisation.

No comment
(Photo: Reuters)


vendredi 20 août 2010

A l'attention des daltoniens

Source: Akiyoshi Kitaoka, Department of Psychology, Ritsumeikan University, Kyoto.

Si vous ne voyez rien qui bouge, alors c'est sûr vous l'êtes.

mardi 8 septembre 2009

Double-Poney

Vu, ou plutôt lu aujourd'hui à Paris, au sommet d'un grand bâtiment blanc de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire: "Marchands de Chevaux, Poney, Double Poneys, de Toute Origine, Chevaux de Trait."
Une question m'assaille: qu'est-ce qu'un double poney?
Renseignement pris, cette partie de la rue s'appelait à l'origine la rue du Marché et abritait le Pavillon de surveillance du marché aux chevaux (construit entre 1760-1762), situé à côté.
Mais double poney? Et bien, selon Wiki, un double poney est un grand poney capable de porter des adultes ou un poney issu d'un croisement entre un poney et un cheval."
Du coup, sur quoi je tombe? La poésie du Web, telle la "Trace des effacements" d'Avril 2004, une longue liste où notamment on peut lire, à propos du double poney toujours:
25 avr 2004 à 19:11 Greatpatton a effacé « Histoire de Sao Tomé-et-Principe » (contenant 'mon cul c'est du double poney ?')
Délicieusement obscur.
Ou encore, 28 avr 2004 à 22:02 Ryo a effacé « Carreau du Temple » (contenant 'Habite le Carreau du Temple un très joli garçon gay à doser sans limite.')
Epatant.

dimanche 6 septembre 2009

La science des sexes



Je sais pour un début, c'est très racoleur. Racoleur certes, comme les émissions pédagogiques du matin sur la BBC ou les newsmags français en période creuse (pour ne pas dire béante, le Web étant ce qu'il est, c'est à dire bien vivant, lui). Les newsmags intersidéraux.
Je me souviens d'un docu sur la chirurgie reproductrice présentée par un duplicata anglais d'Arlette Chabot: du hard, du graphic, de la couenne farcie à faire passer Nip/Tuck pour Sissi. Pragmatique ou faux-derche, tout dépend du point de vue, qui pourrait se réduire à cette question très chouette: Peut-on divertir et informer en même temps? Mais laissons cela aux philosophes.
Donc la science des sexes. Le pluriel est important: des sexes et non pas du sexe. Car c'est du genre dont il est question. L'hyperspécialisation des revues scientifiques n'en finit pas de fasciner! On en trouve même sur la guerre des roses! Et je tombe sur cet article épatant du numéro 47 de la revue english speaking très sérieuse Personality and Individual Differences, intitulé: "Sexual activity is inversely related to women’s perceptions of the facial attractiveness of unknown men". Qu'on pourrait traduire par, voyons, "Plus une femme est active sexuellement, moins elle regarde ailleurs."
Le titre est long, c'est vrai, comme le sont en général les articles de la science dure. Pas de place pour la métaphore, le raccourci poétique, le Haiku. Personne ne rigole dans la science dure, la science dure c'est dur point à la ligne (encore que la psychologie, ce serait plutôt de la mi-dure, bien que moins molle que la philo).
Alors qu'est-ce que nous dit cette wunderschöne étude, (qui a visiblement peiné à trouver des cobayes. 45 seulement)? Que plus une femme se masturbe, moins de chances elle a de trouver les hommes attirants! Mais ce n'est pas tout: Plus varié est le comportement sexuel d'une femme (à savoir quand il n'est pas seulement coïtal), moins de risques il y aura qu'elle s'inscrive sur Meetic!

Un cliché par définition est faux ; le cliché ou le stéréotype est souvent prit comme le négatif d'un monde en réalité beaucoup plus complexe et nuancé. Complexe et nuancé comme Odette (voir photo ci-dessus): Odette était peut-être prostituée sans en avoir l'air, ou plus vraisemblablement, une célibataire aguerrie pourvue désormais d'une retraite convenable. Par conséquent, tomber sur un cliché est toujours une expérience science fictionnelle, on n'y croit pas, on se frotte les yeux, on se tape sur la cuisse et on se dit: "Non mais je rêve !"

Non mais je rêve ! La conclusion est assez vulgaire: Primo, la masturbation est une activité véritablement antisociale (pour ces Frauleine en tous cas) et deuxio, plus vous varierez les plaisirs, moins elle regardera des inconnus dans la rue...

Maintenant, qu'est-ce qu'on entend par beau? Héhé! L'engagement naturaliste est clair. Inutile de se faire ch... avec le goût personnel ou les variations culturelles. Alors qu'est-ce qu'un bel homme? Et bien à l'en croire nos psychologues, c'est ça:
Une mâchoire carrée, protéiforme qui, selon "l'esthétique darwinienne", serait signe d'une bonne condition physique, ou plus précisément, phénotypique (un bon reproducteur pour faire court). Il semblerait donc que le pouvoir de séduction des hommes dépende de leur gueule de brute. Un mec QUI EN A!

Sans nier l'impact de l'évolution sur les primates humains que nous sommes et loin de vanter le scepticisme aigrillard et scientophobe qu'on oppose très souvent au Darwinisme, il semble que la science ne soit pas épargnée par le trash, le buzz, ce vernis racoleur destiné à faire mousser son labo et passer en tête sur cet attrape-couillon d'impact-factor.

Mais je me trompe peut-être.

Information qui n'a rien à voir: Allez jeter un coup d'oeil sur l'oeuvre de David Rokeby: Machine for Taking Time (Boulevard Saint-Laurent, 2006-2007) présentée par la Fondation Daniel Langlois dans la collection E-ART, Nouvelles Technologie et Art Contemporain.